Author: Marco Benini, head of Teachers Outreach
L’économie de la connaissance, la qualité de l’éducation, le leadership, l’innovation et la conscience de soi sont au cœur du projet Teachers Outreach.
D’un point de vue neurophysiologique, l’apprentissage est la capacité de notre cerveau à utiliser les différents types de mémoire dont il dispose pour organiser des connaissances auxquelles il pourra faire appel à l’avenir. En trois mots, cela revient à « apprendre à apprendre ». Il s’agit d’un processus complexe, qui dure toute la vie et qui fait intervenir chez chacun d’entre nous le développement cognitif, les composantes mentales, socio-relationnelles et motivationnelles.
Cependant, notre capacité d’apprentissage – qui est à la base de l’évolution de l’humanité – traverse une grave crise. Nous sommes aujourd’hui confrontés à un phénomène générationnel mondial qui compromet des décennies de progrès (Antonio Guterres, 2023). L’éducation et la scolarisation connaissent aujourd’hui le plus grand choc des cent dernières années de la modernité, selon certains acteurs.
Une éducation de qualité est cruciale pour la réalisation des 17 objectifs de développement durable, c’est-à-dire pour garantir des niveaux de bien-être suffisants, étendus, enracinés et stables pour tous.
Quelles sont donc les « orientations » qu’il convient de mettre en œuvre au plus vite pour remédier à cette situation dramatique à l’échelle mondiale ?
Le projet Teachers Outreach se concentre sur cinq paramètres clés.
1. L’économie de la connaissance
L’un des plus importants est l’économie de la connaissance. L’objectif ambitieux du projet visant à élever le niveau de préparation d’un million d’enseignants a en effet pour but d’engendrer des effets majeurs sur le développement des compétences, une plus grande mobilité socio-économique et des niveaux de bien-être plus répandus et plus durables dans les pays concernés.
Une éducation de qualité – associée à une prise de conscience de la valeur de la connaissance – définit la réussite d’un large éventail d’activités humaines.
On fait référence à la généralisation de niveaux de bien-être plus dignes, à la création d’opportunités d’emploi, à la gestion de la gouvernance locale, à l’élaboration de stratégies à moyen et long terme, à la santé publique, à la gestion des conflits et des tensions sociales, à l’inclusion, aux politiques sociales, au développement technologique et à la valorisation de l’héritage culturel, environnemental et historique.
2. La qualité de l’éducation
Plusieurs composantes définissent une éducation « de qualité », reflétant la nature complexe du concept. Toutefois, aujourd’hui, nous pouvons dire que l’efficience, l’efficacité, l’équité, la pertinence et la durabilité sont particulièrement pertinentes.
Ces composantes peuvent parfois sembler en contradiction les unes avec les autres. Ainsi, les actions visant à améliorer l’une produiraient des effets négatifs sur l’autre, et certaines analyses suggèrent, par exemple, que l’équité de l’accessibilité et le niveau élevé d’éducation devraient être traités séparément, mettant en évidence les incohérences congénitales de la coexistence de ces deux dimensions.
Cedepndant, aujourd’hui, on estime, sur la base de données significatives, qu’un travail global sur la qualité de l’éducation est possible, en n’excluant aucune de ses dimensions.
La question n’est plus de savoir si c’est possible, mais comment c’est possible. Il est nécessaire d’intervenir sur deux axes : créer des infrastructures qui permettent une plus grande diffusion des connaissances et diffuser des méthodes et des techniques pour développer une didactique attrayante, capable de générer un niveau élevé de transmission équitable des connaissances.
Parmi les principaux facteurs susceptibles d’améliorer la qualité de l’éducation, on peut en citer 8 :
- L’enseignant et sa préparation ;
- L’infrastructure scolaire ;
- La gouvernance de l’école et le soutien à la communauté ;
- L’environnement scolaire et la salle de classe ;
- Le programme d’études et le matériel pédagogique ;
- Les pratiques d’apprentissage en classe ;
- Le temps disponible (temps d’enseignement et d’apprentissage) ;
- L’évaluation, le suivi et la supervision des élèves.
3. Le rôle du leadership éducatif
Dans la catégorie « enseignant », parmi les facteurs décisifs pour améliorer la qualité de l’apprentissage figure la qualité du leadership éducatif, un concept très éloigné du « leader autoritaire » traditionnel, mais essentiel pour la motivation et l’auto-motivation des élèves et des enseignants eux-mêmes.
Aujourd’hui, en effet, dans de nombreux pays, le concept de leadership éducatif a complètement supplanté celui de management éducatif et décrit les compétences et les aptitudes de personnes ou de groupes de personnes qui, avec un sens des responsabilités, mettent en place des actions pour atteindre des objectifs spécifiques cohérents avec ceux de leur propre organisation éducative.
Le leadership diffère de la gestion dans la mesure où le premier peut être développé en cultivant des compétences non techniques, tandis que la deuxième repose sur des compétences techniques et de gestion.
Un leadership éducatif efficace est donc inestimable et a un impact considérable sur la réussite des étudiants.
Par ailleurs, alors que les chefs d’établissement sont souvent chargés de produire des résultats avec des fonds limités et des demandes urgentes, la formation des enseignants au leadership éducatif contribue à instaurer une culture de confiance plus large et plus répandue, une meilleure gestion des ressources et une vision de l’école dans laquelle l’apprentissage est vivant au quotidien et se décline dans tous les contextes.
4. La véritable innovation, l’élève au cœur de l’action
Dans le système éducatif traditionnel, l’apprentissage est centré sur l’enseignant, c’est-à-dire que l’enseignant joue un rôle « actif » tandis que les étudiants jouent un rôle « passif ».
Le projet Teachers Outreach adopte une approche plus innovante dans laquelle l’apprentissage est centré sur les éléves, qui deviennent des acteurs engagés et responsables et qui apprennent à leur propre rythme.
L’enseignement centré sur les élèves est plus répandu dans les écoles où les enseignants travaillent ensemble, guidés par une vision claire de leurs objectifs et de leur rôle. Dans ces écoles, les enseignants ont développé un sens aigu de la responsabilité collective et sont plus conscients de leur potentiel et de leurs limites.
5. La conscience de soi
La conscience de soi des enseignants ne s’arrête pas à la simple réflexivité, mais consiste en la capacité à reconnaître ses propres émotions et pensées et à comprendre comment elles influencent le comportement.
Certaines recherches suggèrent que cette compétence est modifiable et profondément liée au développement d’autres compétences, telles que la clarté de vision, la confiance, la créativité, la prise de décision et une plus grande qualité et satisfaction dans les relations humaines.
La conscience de soi est un facteur crucial pour répondre efficacement aux questions et aux comportements des autres, en particulier lorsqu’ils sont complexes et difficiles à comprendre. Par exemple, certains élèves stressés ou ayant un comportement problématique peuvent pousser même les enseignants les plus équilibrés et les mieux préparés à réagir de manière impulsive et non professionnelle, en manifestant de l’hostilité ou des sentiments de rejet.
Pour survivre et bien travailler en classe, gérer le stress et éviter l’épuisement professionnel, les enseignants doivent développer des stratégies efficaces de connaissance de soi.
Cependant, un très grand nombre d’entre eux n’ont pas reçu de formation adéquate pour comprendre comment agir sur ces traits de personnalité qui affectent négativement leurs interactions avec les élèves, en particulier lorsqu’ils sont stressés.
Outre l’influence de facteurs environnementaux, sociaux et psychologiques très différents, lorsque les enseignants déploient des efforts continus pour accroître leur conscience de soi, ils améliorent leur efficacité, leur satisfaction au travail et l’impact qualitatif de leur présence dans la classe.



